Lignes de métro
- Bruno Seccia
- Dec 31, 2025
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Je connais par cœur les correspondances du métro
parisien, comme d’autres connaissent les lignes de leur
main.
C’est mon territoire invisible : des couloirs gris,
saturés d’affiches qui changent sans que je les regarde.
Chaque matin, je me fonds dans la foule comme une
donnée statistique. Je ne marche pas vraiment, je me
laisse porter, tiré par le flot anonyme.
Mon cartable en cuir à la main gauche, mon
téléphone dans la droite, je consulte mes mails avant
même d’arriver au bureau. Les chiffres, les échéances,
les marges, les ratios. Tout s’imbrique dans ma tête
comme un puzzle sans fin. Le cuir est encore tiède de
ma main, comme un rappel qu’il reste un peu de vivant
au milieu du métal et du bruit.
Je me dis souvent que ma vie ressemble à ces rails
parallèles : deux lignes qui avancent sans jamais se
croiser. Le travail d’un côté, moi de l’autre. Et entre les
deux, rien.
— Extrait de L’Âme en silence


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